Interview d’un novice du Zéro Déchet

Aujourd’hui nous rencontrons Roberto, novice du Zéro Déchet, pour comprendre où il en est dans cette démarche : comment il a été sensibilisé, quels gestes il pratique, et ce qui l’empêche d’aller plus loin.

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Parle-nous de toi

J’ai 30 ans, je suis ingénieur chercheur en chimie chez Solvay. Je suis Vénézuélien et je vis en France depuis 6 ans. Je suis arrivé à Bordeaux il y a deux ans.

Qu’est-ce que le Zéro Déchet pour toi ?

Le Zéro Déchet pour moi c’est réduire tous les déchets que tu produis dans la vie de tous les jours. Ça consiste à changer des choses dans ton quotidien pour diminuer la quantité de déchets.

Te sens-tu concerné par la démarche Zéro Déchet ?

Je pense que c’est important. Ça ne va pas changer le monde mais il faut apporter son grain de sable. Ça marche bien dans un pays comme le nôtre. Mais il y a d’autres pays où les gens ne sont pas du tout dans cette démarche, pour diverses raisons. Au Venezuela la situation actuelle les pousse à consommer local, avec des producteurs locaux, moins de viande etc. Mais c’est par nécessité et non par volonté, parce que les supermarchés ne sont plus approvisionnés.

20170405_192235_resizedComment as-tu commencé dans le Zéro Déchet ?

Depuis que je suis arrivé à Bordeaux je suis entouré de gens qui s’intéressent beaucoup à ce genre de choses.  Ça m’a permis de réaliser qu’on peut faire des petits gestes qui vont signifier beaucoup. J’ai commencé à me rendre compte de tout ça et à faire plus attention. C’est des choses qui ne sont pas dans les mœurs au Venezuela, et auxquelles je ne réfléchissais pas vraiment. Maintenant j’y fais beaucoup plus attention. Depuis que je réfléchis à ce genre de choses j’ai réduit mes déchets, je sors moins de poubelles qu’avant.

 

Qu’est-ce que tu fais de Zéro Déchet dans ta vie de tous les jours ?

  • Je réfléchis beaucoup au tri, je fais attention, c’est rentré dans mon quotidien.
  • Je prends un cabas pour aller faire les courses au lieu de prendre des sacs plastiques tout le temps
  • Quand je vais au supermarché il y a des choses que je remarque, qui me choquent, comme les gâteaux suremballés qui ne servent qu’à remplir ta poubelle ! Maintenant je les vois, je m’en rends compte. J’en achète toujours mais beaucoup moins.
  •  Je n’ai pas de voiture. Je trouve ça important, c’est un choix. Je pourrais arriver plus vite au boulot le matin. Mais j’aime bien marcher un peu tous les jours, et lire un peu dans le tram. Je cherche un nouveau logement en ce moment, et un critère important pour moi c’est de pouvoir prendre les transports en commun pour aller au boulot.
  • Je mange des fruits et légumes de saison, depuis une discussion avec un ami qui nous a montré le tableau des saisons. Je n’y réfléchissais pas avant, dans les supermarchés il n’y a pas de saison, tout est disponible tout le temps ! Je fais plus attention maintenant.
  • Je prends parfois un panier à l’AMAP (explications d’une AMAP par ici). Par contre une fois il y a eu un ananas, je n’ai pas apprécié, ce n’est pas local !
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  • Au boulot on a eu une réunion où l’on s’est fait livrer 12 plateaux repas. Le nombre de déchets qu’il y avait à la fin c’était impressionnant !  Et bien j’ai pris le temps de trier tous les 12 repas, pour récupérer les couverts en métal et les bocaux en verre que j’ai lavés et rangés dans la cuisine du bureau pour que les gens les réutilisent. Sinon tout aurait été jeté !
  •  Je parlais récemment avec une amie sur le thème du thé et du sachet pour thé en vrac. J’ai dit oui je connais, mais ce n’est pas Zéro Déchet ça ! rires. ça m’a fait rire que moi-même je pense à ce genre de choses maintenant. Certaines choses ont changé dans mon quotidien
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C’est super, tu as déjà mis en place beaucoup de choses ! Et les produits faits maison ? Comme la lessive, le dentifrice etc

La flemme ! Ça va me prendre trop temps. Je préfère investir mon temps dans autre chose. Ça me rappelle trop le boulot, la formulation etc. J’aurais l’impression de bosser (au laboratoire de chimie).

Les achats d’occasion ?

Pour les gros achats, l’équipement etc je pense d’abord à l’occasion. Par contre pour tout ce qui est vêtements je cherche la facilité.  Je ne suis jamais allé dans une friperie, je n’en connais pas.

Parle-nous de la boîte à don

imagesDans ma résidence il y a une boîte à don. Dans le hall d’entrée il y a un petit meuble avec une affiche, où les gens peuvent déposer des objets dont ils ne veulent plus, et aussi prendre ce qu’ils veulent. C’est comme les boîte à livres qu’il y a dans les villes, mais avec toute sorte d’objets. C’est gratuit, ça permet de faire circuler les objets, de moins jeter etc. Je donne des objets, notamment des livres. J’en prends parfois. Je trouve ça super bien, il devrait y en avoir partout !

Y a-t-il un écogeste que tu n’envisages pas  ?

oeufs-sur-le-platRéduire ma consommation de viande ! J’aime trop ça, c’est ancré dans mon cerveau, ce n’est pas envisageable. C’est culturel ! Quand j’étais plus jeune un midi je n’ai pas mangé de viande, juste un œuf. Ma mère est devenue folle, parce que je n’avais pas mangé de viande, ce n’était pas un vrai repas de midi. Du coup quand je suis arrivé en France et que j’ai vu que les gens pouvaient manger par exemple une omelette, je me suis posé des questions. On m’a tellement inculqué que se nourrir bien c’est manger de la viande, que ce serait vraiment difficile de changer ça.

Et comment te sens-tu par rapport aux discours et aux données sur les conséquences de la consommation de viande ? Par exemple ici

Je préfère ne pas me renseigner sur ça. C’est comme quand tu aimes bien le foie gras, tu ne veux pas savoir comment ils le font !

Y a-t-il un écogeste que tu pourrais essayer ?

J’ai déjà réfléchi à aller faire certaines courses ailleurs, par exemple pour les céréales etc pour avoir des produits moins industriels. J’ai lu un article qui parlait des mauvais composants  (perturbateurs endocriniens dans le muesli) : toutes les marques non bio sont bourrées de produits chimiques indésirables. Ça a fait tilt dans ma tête. Oui j’aimerai bien essayer les courses en vrac. Tout ce qu’il y a en vrac dans mon supermarché c’est quelques snacks industriels, il n’y a pas vraiment de choix.

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Qu’est-ce qui te freine ?

J’avoue que c’est par confort que je continue à faire mes courses au supermarché, qui est à 2 pas de chez moi. J’ai un peu la flemme d’aller ailleurs. Pour me motiver, il faudrait que j’aille voir comment ça marche, me rendre compte que ce n’est pas si compliqué. Parfois c’est juste la flemme en fait. T’es tellement fatigué après ta journée que tu cherches la simplicité.

Et le bio ?

Je n’achète pas bio parce que je ne fais pas confiance aux labels bio, surtout au supermarché. Il y a beaucoup de marketing là-dessus. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent. Il y a tellement de nuances dans les chartes des labels que tu peux facilement le détourner. Comme je suis dans la chimie, je sais que ce genre de choses existe, je ne fais pas confiance. Pour que j’achète bio, il faudrait que je puisse discuter, avoir plus d’informations sur comment sont faits les produits. Il me faudrait un super magasin à côté de chez moi, bio et local, où je peux discuter avec les gens.

Penses-tu que le Zéro Déchet soit un effet de mode ?

Non je pense que les gens se sentent de plus en plus concernés. Par exemple à la cantine ils ont mis en place le tri, avec une personne qui est venue nous sensibiliser.

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Comme chacun d’entre nous, Roberto agit à son niveau. Certaines choses sont rentrées dans ses habitudes, et d’autres sont plus difficile à changer. L’important c’est de prendre conscience de sa consommation, et de progresser à son rythme. Il y a déjà beaucoup de gestes qu’il fait et il peut en être fier !  Mon ambition est d’accompagner les gens comme Roberto à faire un petit pas de plus.

Ce que je retiens de cette interview de Roberto, c’est la flemme : l’impression que le Zéro Déchet va être compliqué et lui prendre trop de temps. Pour l’aider dans sa démarche, j’ai envie de lui montrer, lui faire expérimenter des gestes qui vont lui faciliter la vie, en plus de réduire ses déchets. J’appelle ça la flemme intelligente : faire une action simple maintenant qui va te permettre ensuite de glander pendant un moment, tout en faisant des économies et en faisant du bien à la planète ! Des astuces à découvrir sur le blog, mais aussi dans les ateliers.

Vous reconnaissez-vous dans certains traits de Roberto ?


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