Une recyclerie qui valorise et fait de la création : le Recyclorium à Ambarès

Les recycleries poussent partout ! A Ambarès, petite commune du Nord Est de Bordeaux, le Recyclorium a ouvert ses portes en 2013. Le lieu propose toutes sortes d’objets à petits prix, mais aussi des ateliers créatifs, pour valoriser le réemploi plutôt que la poubelle. Rencontre avec les fondatrices.

Recyclorium

Quelles étaient vos vies avant le Recyclorium ?

Claire : J’étais chef de projets développement durable en collectivités. Depuis un bon moment déjà j’étais sensible à la question de l’évolution de nos sociétés, et plus particulièrement à la question des déchets. J’avais très envie de m’engager pour essayer de faire changer les choses. J’accompagnais les porteurs de projets, c’était concret. Mais j’avais envie de m’engager encore plus, d’être encore plus dans le concret, et de moi-même porter un projet. Il y avait toujours cette question des déchets qui me taraudait. J’ai toujours beaucoup bricolé, travaillé de la matière récupérée, et j’avais envie de proposer une structure qui permette ça : récupérer, retaper.

Elodie : Moi j’ai eu un parcours dans le commerce, en magasin de déco notamment. J’ai travaillé dans le discount et ça m’a vraiment écoeurée. On jetait énormément de marchandises, même des articles neufs dont l’emballage était légèrement abîmé. Il y avait quelque chose d’inhumain, il fallait toujours être plus productif. Je voulais me reconvertir, chercher un travail qui a du sens. J’étais très sensible à la récup, j’ai toujours aimé bricoler. J’ai voulu créer un atelier de création libre. En me renseignant j’ai vu que le concept de recyclerie était en train d’émerger. J’ai trouvé ça parfait : l’engagement, le sens, le côté humain, la récup, la création etc.

Comment vous êtes-vous rencontrées ?

On a des amis en commun, et on parlait beaucoup de nos idées, chacune de notre côté. Quelqu’un du groupe a fait le lien entre nous deux, et on s’est dit qu’il fallait qu’on en parle ensemble. On s’est vues et ça a matché tout de suite. On avait la même envie au même moment, la même perception des choses, et des compétences complémentaires.

Recyclorium-Fondatrices

Comment a démarré le projet ?

Elodie : une fois que j’ai trouvé le concept de recyclerie, j’ai creusé ce projet-là. Je suis allée en parler à la mairie, j’ai vu la responsable et l’élu de la vie associative. Ils m’ont dit que c’était une super idée et qu’il fallait que je m’accroche et que je ne me laisse pas décourager. Ils m’ont aussi dit que je devais trouver quelqu’un pour monter une association, et qu’il allait me falloir un local. C’était en 2013. Une semaine après Claire m’appelle pour qu’on discute d’une idée. Plus on parlait, plus on se rendait compte qu’on était d’accord. J’avais trouvé ma partenaire ! Quinze jours après mon RDV avec la mairie, ils m’ont rappelée pour me dire qu’ils m’avaient trouvé un local ! On est arrivées au moment où ils créaient leur espace associatif dans une ancienne école. Il y a eu comme un alignement des planètes, tout est arrivé au bon moment.

Comment s’est passée l’ouverture  ?

On a d’abord monté l’asso pendant l’été 2013. Puis on a aménagé notre local de 60m². On a peint, on a poncé des meubles. Notre entourage nous a donné le pack de départ : plein d’objets pour démarrer. Ils nous ont beaucoup aidé pour les travaux, la peinture etc, on a plein de photos, c’était un super moment. On a ouvert le 19 octobre 2013, on était toutes les deux. Claire travaillait toute la semaine et était à la boutique le samedi. Elodie était encore dans le discount et travaillait les matins. C’est là qu’on s’est dit qu’on allait ouvrir du jeudi au samedi les après-midi. On a calé tout ça en fonction de nos disponibilités.

Recyclorium-Claire-2

Vous êtes beaucoup plus nombreux aujourd’hui, comment avez-vous agrandi l’équipe ?

Le premier adhérent c’était mon papy ! Puis Martine, qui était déjà dans le milieu associatif de la commune, est venue nous voir pour nous aider. Elle est toujours bénévole aujourd’hui et fait partie du bureau. On a maintenant une vingtaine de bénévoles. Ils sont venus petit à petit, spontanément (sans campagne de recrutement). Ils sont arrivés doucement mais la plupart sont restés et nous sont fidèles. Ils viennent en fonction de leurs disponibilités. Certains viennent 4 fois par semaine pendant plusieurs mois, puis font une pause parce qu’ils ont moins de temps, d’autres viennent par exemple tous les mardis. C’est très variable.

Recyclorium-bénévole

On en avait parlé dès le départ : un jour nous serions salariées et ce seront d’autres personnes qui tiendraient le bureau, ce ne sera plus notre bébé. Nous avions envie très tôt de s’agrandir. Petit à petit on a rencontré les bonnes personnes, on est très bien entourées, les personnes qui sont là sont comme une famille. On veut vraiment que les gens du bureau connaissent bien le projet et les bénévoles. Martine y est entrée dans récemment, et bientôt il y aura 3 autres personnes. Ce ne sera plus nous les chefs !

Comment a évolué le Recyclorium depuis le début ?

Le local qu’on a avait au début était dans une ancienne école. La mairie a décidé de rouvrir cette école et a trouvé des solutions pour chaque association. Nous avons reçu provisoirement un vieux garage juste à côté, c’était un ancien atelier de menuisier. Nous avions plus d’espace et plus d’expérience, donc nous l’avons mieux aménagé, avec notamment une zone d’arrivage pour la recyclerie et une zone d’atelier pour la création. On y est restées d’avril 2015 à juillet 2016. Le déménagement est une sacrée expérience. On fait des inventaires, donc on pèse tout, on comptabilise tout, et on transporte une vraie caverne d’ali baba !

Les cuisines centrales d’Ambarès se sont trouvées inexploitées suite à une externalisation de la fabrication des repas. Une fois libéré, le local a bénéficié de travaux pour mettre aux normes et enlever les cuisines et la mairie nous a proposé d’intégrer le lieu. Nous avons ici 140m² et nous l’avons aménagé avec les bénévoles, qui ont donné plein d’idées. La première fois nous étions juste 2, et là on était toute une équipe.

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Comment vous répartissez-vous le travail ?

Claire s’occupe plutôt du côté secrétariat, administratif, comptabilité etc, mais aussi des ateliers de création. Elodie gère la boutique de recyclerie de A à Z, et les bénévoles. On a également pas mal de choses qu’on fait à 2 comme des projets et des partenariats.

C’est du management de gérer tout ce monde ! On l’avait pas vraiment anticipé. Il faut cadrer ceux qui ont besoin et on a certains délais à tenir. On tient compte des disponibilités, envies et compétences de chaque personne, et on les répartit sur toutes les missions de l’asso. J’ai beaucoup appris ! Au début il y a des moments où je me sentais dépassée. Faire passer des messages à tout le monde, prévenir les problèmes, tout cela est plus fluide aujourd’hui. Je les connais bien, et je suis attentive à chacun. Je suis devenue un vrai chef d’orchestre pour que chaque bénévole se sente utile.

 

Recyclorium-marché

Cela fait plus de 4 ans qu’on a ouvert, on passe beaucoup de temps sur ce bébé, mais notre travail n’est pour l’instant pas assez valorisé. Elodie a quitté son poste dans le discount et a travaillé pendant 2 ans au Recyclorium en bénévolat grâce au chômage, puis on a pu lui créé un poste à 20h en contrat aidé en mai 2016 pour 2 ans. Nous voulons créer un poste pour Claire, un CDD de 10h pour rémunérer son travail aussi. Elle restera à mi-temps sur son poste. L’objectif est de pérenniser ces emplois donc on travaille beaucoup à la recherche de financement et aux demandes de subventions.

Comment financez-vous le Recyclorium?

On a les recettes de la boutique de recylerie, les ateliers de création qu’anime Claire, des buvettes de temps en temps. Avec ça on finance l’assurance du local (on ne paye ni le loyer ni les charges, offerts pas la mairie), les achats d’équipements (balance, ordinateur, outils) et de fournitures pour les ateliers (papeterie etc). Donc on est autonomes pour le fonctionnement du quotidien, mais par pour ce qui est des emplois. Celui d’Elodie est pour l’instant beaucoup financé par l’état, et celui de Claire doit être créé. L’objectif est de s’auto-financer au moins à 50%, et de pérenniser nos emplois.

Recyclorium-logo

 

Que peut-on amener au Recyclorium ? Que trouve-t-on dans la boutique ?

On n’accepte pas le gros électroménager (machine à laver, frigo), mais le petit électroménager oui (grille pain etc). On ne prend pas les vêtements ni les chaussures, pour ça on oriente vers La Croix Rouge d’Ambarès.  A part ça on prend tout l’équipement de la maison : livres, CD, vaisselle, puériculture, jouets, déco, meubles, linge de maison, luminaires, accessoires… Tout peut être valorisé, que ce soit pour la boutique de recyclerie, les ateliers créatifs, le recyclage, le don. Il y a tellement d’objets qu’on jette alors qu’ils peuvent avoir une deuxième vie !

 

 

Lorsque je donne un objet, que faites-vous avant de le mettre en boutique ?

Les dons arrivent dehors, on essaie de repérer tout de suite ceux qui ne sont pas en bon état (par exemple des meubles en agglo à moitié cassés) etc. Le reste on met dans la zone d’arrivage. Petit à petit les bénévoles inspectent chaque pièce : état, propreté, fonctionnement etc. Puis ils trient et placent chaque objet au bon endroit : lavage, réparation, atelier créatif, don, recyclage, poubelle, ou boutique. Tout est pesé dans chaque catégorie, et chaque vente de la boutique est pesée aussi. On a un partenariat avec l’association R3 : on remplit la voiture de tout ce qui se recycle, on leur amène tout et ils répartissent dans des filières de recyclage. En échange on repart avec la voiture pleine d’objets à valoriser, qu’ils récupèrent dans les bennes qu’ils collectent.

 

 

Quelques chiffres :

En 2016 plus de 15 tonnes ont été collectées au Recylorium, et 97% a été valorisé :

  • 46%, soit 7 tonnes ont été mises en vente en boutique (6,6t vendues)
  • 2%, soit 200kg, sont partis à l’atelier
  • 18%, soit 2,6 tonnes sont partis en dons
  • 6%, soit 863kg de livres ont été données à Recyc’Livres
  • 25%, soit 3,7 tonnes, sont partis en recyclage
  • 3%  soit 450kg seulement sont partis à la poubelle !

Recyclorium-stats

Comment vous fixez vos tarifs ?

On s’est basées sur une moyenne nationale du réemploi autour de 1€ le kilo. Au début on a pris chaque objet et on s’est demandées à combien on l’évaluerait, comme ça à l’oeil. 1€, 2€, 0,50€ etc. Après sur la somme globale on s’est rendues compte qu’on était dans les clous par rapport à la moyenne nationale. Il y a beaucoup de prix fixes, comme les livres à 0,50€, les verres et les assiettes à 0,10€ etc. Les 3/4 de la boutique n’ont pas changé de tarif depuis le début. Par contre on a augmenté sur certaines pièces de déco qu’on évalue mieux aujourd’hui.  C’est beaucoup Elodie qui fait l’étiquetage. C’est compliqué, il faut connaître la valeur des choses, les prix de référence dans les vide greniers et les recycleries, donc il y a peu de bénévoles qui peuvent le faire. On a jamais envisagé d’augmenter nos prix pour se financer, parce qu’on veut rester sur des prix recyclerie tout public. Par contre on essaie d’optimiser la surface de vente, faire tourner les produits pour donner envie etc. On alimente tous les jours avec de nouveaux objets.


 

 

Les ateliers du Recyclorium

Claire anime des ateliers de création à partir de récup. Au départ elle voulait faire de grands ateliers de ponçage, de peinture, pour retaper des meubles.  Mais leur principe est de ne quasiment rien acheter, et de tout faire avec ce qu’il y a au Recyclorium. Du coup face à tout ce qu’il y a comme petites choses (qu’on ne peut pas vendre), et vu le public (souvent des enfants), c’est devenu  plutôt de la bidouille, beaucoup de déco (mobiles, attrapes-rêves). Elle intervient en TAP (Temps d’animation périscolaire) dans les écoles, elle fait des ateliers parents-enfants à la maison des familles, à la bibliothèque etc.

 

 

Claire et Elodie, aidées de tous les bénévoles, décorent des espaces de la ville, notamment le marché de Noël. Depuis plusieurs années, elles créent ainsi des décorations pour la place du marché, uniquement à base de récup. Pendant plusieurs semaines, avec de nombreux bénévoles, elles fabriquent des sapins, de quoi agrémenter les tentes, les arbres, les barrières etc.

 

 

Il y a également les ateliers produits ménagers animés par Elodie, avec le public du centre socio-culturel, de la maison des familles ou de la bibliothèque d’Ambarès, ou sur des événements (open bidouille camp, forum des assos).

Quels sont vos projets pour 2018 ?

Pérenniser nos postes, revoir la communication, développer des ateliers variés avec des partenaires, participer à d’autres événements et projets, fêter nos 5 ans… On a aussi quelques demandes de la mairie.

Comment peut-on vous aider ?

Vous pouvez donner des choses, donner de votre temps en devenant bénévole, adhérer et/ou donner de l’argent à l’association etc.

Le Recyclorium en pratique :

Horaires d’ouverture : jeudi, vendredi, samedi de 14h à 17h

Adresse : 19 rue des Blandats (anciennes cuisines municipales) à Ambarès et Lagrave

Site internethttp://www.lerecyclorium.com/

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