Que deviennent vos déchets : l’enfouissement

Ce qu’on appelait avant des décharges existent toujours ! Bien sûr la technologie s’est améliorée, et on les appelle aujourd’hui des centres d’enfouissement technique, mais le les déchets sont toujours ensevelis ! J’ai visité l’un de ces centres pour vous.

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Nos ordures ménagères ne disparaissent pas quand on sort la poubelle ! Elles peuvent avoir uniquement 2 destinations : l’incinérateur, et la décharge, ou centre d’enfouissement technique. Après être allée visiter Astria à Bègles, je suis allée à Lapouyade voir cet autre traitement. Lapouyade est située à 50km au Nord Est de Bordeaux, à la limite de la Charente Maritime. Le centre emploie une vingtaine de personne, et reçoit environ 1000 personnes par an pour des visites. Il est géré par Véolia.

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Les déchets en général sont collectés par des syndicats et envoyés dans des centres de traitement. A Bordeaux Métropole ils vont à l’incinérateur d’Astria. Les syndicats autour de la Métropole (SMICVAL dans le Libournais, USTOM dans le Médoc, SIVOM Rive Droite, COBAS sur le Bassin etc) envoient les déchets ici à Lapouyade. Les centres de traitement de la Nouvelle Aquitaine sont à Bègles (incinérateur, 280 000t/an) Naujjeac (35 000t/an), Cenon (135 000t/an), et Lapouyade (430 000t/an).

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Tous ces centres de traitement sont aujourd’hui saturés. Nous produisons trop de déchets pour la capacité de traitement disponible ! La loi sur la Transition Energétique va limiter l’enfouissement, il va y avoir une réduction des tonnages autorisés. De plus la Chine ferme ses portes, or elle importait beaucoup de nos déchets. Il y a de plus en plus de filières de tri, donc la quantité de déchets enfouis devrait baisser. Mais comme la population augmente les déchets ne diminuent pas. Il devient urgent de tendre vers le Zéro Déchet !

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Le centre de Lapouyade a ouvert en 1996. Bordeaux Métropole n’avait alors plus de centre d’enfouissement. Les déchets partaient à Châtelraux dans le Centre. Aujourd’hui il y a une autorisation d’exploitation jusqu’en 2035 pour 430 000t/an. Il occupe une surface de 129 Ha. Il produit 6MW d’électricité, ce qui correspond à la consommation d’une ville de 45 000 habitants. Cette électricité alimente la Charente et la Gironde. Le centre produit également de la chaleur, qui permet de chauffer des serres de tomates.enfouissement 11

Les déchets organiques, en se dégradant, produisent du biogaz. Ce gaz est récupéré par Veolia pour en faire de l’électricité et de la chaleur. Il contient majoritairement du méthane. Les syndicats mettent en place des solutions pour les biodéchets (épluchures de légumes, restes alimentaires etc) : collecte des biodéchets (SMICVAL), distribution de composteurs individuels, (tous) appels à projets pour des composteurs partagés (Bordeaux Métropole) etc. D’ici quelques années, il sera obligatoire de trier ses biodéchets. Pas de biodéchets = pas de biogaz. Veolia sera obligé de trouver un autre moyen de produire de l’électricité et de la chaleur pour alimenter ses serres.

Le centre reçoit 100 camions par jour (12 par heure), soit 1600 tonnes de déchets par jour. Chaque camion passe au détecteur de radioactivité. En effet ici ne sont acceptés que les déchets non dangereux. Il y a beaucoup d’oiseaux qui tournent au-dessus et se nourrissent des déchets. Une parcelle d’exploitation fait 3000m², sur environ 20m de profondeur. Les camions déversent les déchets. Les employés répartissent les déchets sur la parcelle et les compactent à environ 1 tonne par m3. Ces déchets n’arrivent pas sur le sol évidemment, mais sur une membrane étanche.  C’est très impressionnant de voir tous ces déchets !

Lorsque la parcelle est remplie (au bout d’environ un an), elle est recouverte. Elle est alors complètement enfermée de façon étanche. Sur cette photo on voit la dernière parcelle refermée :

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La dégradation des déchets produit des liquides appelés lixiviats. Ils sont drainés et récupérés, puis traités, avant d’être rejetés dans le ruisseau à côté (245 000m3 par an).

Les gaz produits sont aspirés et traités. Il contiennent 44% de méthane, 42% de CO2, de l’azote, de l’oxygène etc. Ils produisent de l’électricité et de la chaleur (eau à 85°C). Sur cette photo on voit de grands terrains vagues (qui sont les parcelles refermées), et les tuyaux de biogaz.

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Lorsque la parcelle ne produit plus de gaz ni de lixiviats on dit qu’elle est inerte. Que reste-t-il à ce moment-là ? Beaucoup de plastique ! La parcelle est alors surveillée pendant encore 30 ans.

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Si l’on jette des piles, des produits dangereux, du verre etc dans la poubelle au lieu de les trier, ils finissent ici.

 

Juste en sortant du centre, on peut trouver les serres, exploitées par Veolia. Huit hectares d’usine à tomates. Ici il fait chaud (26°C).Des tuyaux circulent partout, qui transportent l’eau chaude, chauffée par le biogaz de la décharge à côté. La température est de 40°C en haut, et 70°C en bas.

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Les tomates poussent hors-sol, c’est à dire pas dans la terre. Elles n’ont qu’un pain de laine de roche tout petit. Ça permet d’absorber l’humidité. Il y a 104 000 pieds de tomates, (2 pieds par bloc) Les lianes font 15m de long, ça monte haut ! Tout est suspendu, les lianes sont accrochées à des fils. Chaque plant n’est utilisé qu’une seule année. La production est de 65kg/m². Il n’y a pas de pépinière ici, les plants de tomates arrivent de Blaye lorsqu’ils ont un mois et demi.

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serres 7Ici ils pratiquent la lutte intégrée. Les plantes ne sont pas exposées à l’atmosphère, aux bactéries, aux insectes. Il y a des ruches de bourdons pour polliniser les fleurs (les boîtes sur la photo de droite). Les déchets verts sont laissés au sol, ils permettent la reproduction des punaises, introduites pour tuer les insectes ravageurs. Pas de pesticides, mais ils traitent avec du soufre en vaporisation locale si besoin.En octobre ils coupent les plants, et vaporisent des agents mûrisseurs pour que les tomates soient belles. En une année il y a pas moins de 36 récoltes, soit 6000t/an. Les travailleurs passent une semaine par hectare pour la récolte, sur 8 Ha, il y a 80 personnes.

 

Il se vend 900 000 tonnes de tomates par an en France, dont seulement la moitié est produite en France, le reste vient majoritairement d’Espagne, de Belgique et de Hollande.

La consommation d’eau est de 12L/kg de tomate. L’eau de pluie est récupérée du toit.

Il y a de la vente aux particuliers directement aux serres. Les tomates qui ne peuvent pas être vendues (abîmées, moches etc) sont données à manger à des cochons du coin.

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serres 8Une partie des tomates est vendue aux Paysans de Rougeline, à environ 1,10€/kg. Ils les revendent ensuite sur les marchés de a région, à des prix variant de 0,8 à 3€/kg. Sur les cartons on peu voir écrit « Paysans de Rougeline », « Marmande » (siège social), voire même « Zéro résidu de pesticides ». Par contre il est impossible de savoir que les tomates viennent des serres de Lapouyade, sauf si on a une machine qui lit le code.

L’autre partie des tomates est envoyée à Marmande où elles sont tranchées, avant d’être expédiées dans les MacDonalds de la région. Et le cercle « vertueux » est bouclé, puisque les déchets de McDo finissent à la décharge, où il produisent du biogaz, qui chauffe les serres pour produire leurs tomates.

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Dans une salle de l’usine à tomate, on voit la production du goutte à goutte qui alimente les plants. L’eau est récupérée du toit, et des plants, et tourne en boucle. Elle est filtrée sur roche et irradiée d’UV (pour la désinfection). Puis les agriculteurs ajoutent une batterie d’engrais chimiques pour recréer les apports nutritifs : cuivre, manganèse, magnesium, potassium, et même acide nitrique. Le poids de chaque plant, l’atmosphère, la composition du goutte à goutte, tout ceci est analysé en permanence et contrôlé sur des écrans, afin d’apporter à chaque instant ce dont la plante a besoin.

 

J’avoue que tout ça ne me donne pas du tout envie d’acheter ces tomates. Entre produire des déchets, qui font du biogaz, qui chauffent des serres de tomates, que je retrouve au McDo, ou bien ne pas produire de déchets, faire du compost, et cultiver mes propres tomates (ou les acheter bio et local), pour moi le choix est vite fait ! Et vous ?


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