Que deviennent vos eaux usées ?

Après mon article sur l’eau potable, je me suis intéressée au traitement de l’eau usée. J’ai visité pour vous la station d’épuration du Clos de Hilde à Bègles.

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La gestion des eaux (eau potable + assainissement) est sous la responsabilité de Bordeaux Métropole, qui fait appel à une entreprise privée.

L’eau potable est aujourd’hui (et jusqu’en 2021) gérée par Suez, pour la production et la distribution d’environ 135000m3/jour.

Le côté assainissement est gérée depuis 2019  (et jusqu’en 2026) par Veolia avec la SABOM (Société d’Assainissement de Bordeaux Métropole) : 6 stations d’épuration, 4000km de réseau.

La station du Clos de Hilde est située à proximité de la rocade bordelaise et du centre commercial Rives d’Arcins, et juste en face d’Astria, le centre d’incinération et de tri des déchets (découvrez mon reportage ici). Elle a été créée en 1992 et agrandie en 2007, pour traiter aujourd’hui plus la production de plus de 400 000 habitants (68 millions de m3 d’eaux usées).

Le lieu était auparavant un château viticole, et quelques pieds de vignes témoignent de ce passé.

Les eaux traitées dans les stations d’épuration sont une partie des eaux de pluies (caniveaux des villes), et les eaux usées (ce qui part au fond de nos toilettes, douches, lavabos etc). Pour traiter nos eaux usées, la station comporte en réalité 3 traitements : pour l’eau, pour les boues, et pour l’air.

Comment ces eaux sont-elles traitées ?

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  1. Dégrillage : pour enlever les résidus de plus de 5 cm. Ces résidus sont compactés et incinérés. Ils représentent 15 tonnes par mois. Qu’y a-t-il là-dedans ? épuration13Majoritairement des lingettes, des tampons et des rouleaux de papier toilette. Ces objets sont souvent jetés dans les toilettes, mais ils ne se dégradent pas ! Ils ne font que boucher les installations. Ne jeter rien dans les toilettes à part votre production personnelle et du papier toilette. Pour rappel, « biodégradable » signifie  » qui se dégrade dans un compost sous 90j », ce qui est bien différent de « se dégrade instantanément dans vos toilettes ».

 

2. Relevage : des vis de relevage permettent de faire remonter l’eau de -2m à +8m. Une deuxième grille filtre les résidus supérieurs à 16mm

3. Déshuilage et désablage : les différentes phases se séparent, à l’aide de bulles d’air. L’huile remonte à la surface, tandis que le sable tombe au fond. Il sera utilisé comme remblais pour les chantiers (5t/mois). L’eau passe à travers un 3e filtre de 3mm.

4. épuration9Décantation lamellaire : permet de séparer les liquides et les solides. A ce stade les eaux usées sont composées de beaucoup de selles. Le procédé de floculation concentre les matières solides au fond : ce sont les boues. L’eau clarifiée sort en surface.

 

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5. épuration8Filtration biologique : des micro-organismes aérobies (avec oxygène) dégradent les dernières pollutions. Dans les stations en milieu rural, cette étape est souvent effectuée dans de grands bassins ouverts et brassés. L’avantage du procédé ici est qu’il prend beaucoup moins de place, est beaucoup plus rapide, tout en étant fermé.

6. Rejet dans la Garonne, 7 m sous la surface

Les boues (résidus solides) passent à travers un autre traitement. Elles sont tout d’abord très liquides. 170 000m3 de boues deviennent 21 000 m3 de boues déshydratées (granulés)

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  1. Epaississeur : cette étape permet d’éliminer de l’eau (qui repart au traitement des eaux usées), et de concentrer les solides
  2. Digesteur : des bactéries anaérobies (sans oxygène) digèrent les boues, c’est la méthanisation. Il se forme du biogaz, composé de 65% de méthane et 30% de CO2. Ce gas est utilisé pour le séchage.
  3. Déshydratation : les boues passent à travers des centrifugeuses, pour devenir de la boue pâteuse (70% d’eau). Cette boue pâteuse peut être mélangée avec du bois et de la paille pour former du compost, au centre de compostage de Saint Selve.
  4. Déshydratation : un sécheur a été installé récemment. Alimenté en chaleur par le biogaz, il permet de transformer les boues en granulés ne contentant plus que 10% d’eau.épuration3

Jusqu’en 2010 ces boues étaient incinérées. Elles sont maintenant utilisées en agriculture, selon un plan d’épandage fixant les délais et périodes autorisées.

Enfin l’air est également traité. En effet la station est située près d’une zone commerciale, il est important de ne pas générer de nuisance olfactive. Pour éviter cela, toutes les installations sont situées dans des bâtiments fermés, en dépression. L’air y est aspiré et traité : lavage à l’acide, à la javel, et à la soude.

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L’eau sort de la station 4h après y être entrée. Il n’y a pas d’analyse en ligne (autre que pH et conductivité). Des échantillons sont pris tous les jours et analysés dans un laboratoire extérieur. L’état fixe des normes pour la composition de l’eau rejetée. Les pics rapides de pollution ne sont pas détectés ni traités. Les bactéries ne dégradent pas tout. Les médicaments notamment ne sont pas si bien décomposés. Pour ne pas rejeter de pollution dans le fleuve, et si on changeait nos habitudes ? Ne plus utiliser de produits dangereux (cosmétiques, ménagers etc). Opter pour des toilettes sèches.

 A noter que ce les installations d’assainissement sont indépendantes de la production d’eau potable !

 

 


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